Musée d'art contemporain des Laurentides MACL

École Multidisciplinaire de l'image - UQO
Cappucine

Dialogues avec Catherine Malabou sur la biopolitique

Samedi, le 3 septembre 2016, le Musée d’art contemporain
des Laurentides était l’hôte du colloque intitulé
Dialogues avec Catherine Malabou sur la biopolitique.
 

– Avec Catherine Malabou (Philosophie moderne européenne, Université de Kingston, Londres), Erik Bordeleau (SenseLab, Université Concordia), Nathan Brown (Langue anglaise, Université Concordia), Adam Dickinson (Langue anglaise et littérature, Université Brock), Gareth James (Art visuel, Université de la Colombie-Britannique), Donald Landes (Philosophie, Université Laval), Krista Geneviève Lynes (Communications, Études féministes des médias, Université Concordia), Christine Ross (Histoire de l’art et communications, Université McGill), David Tomas (École des arts visuels et médiatiques, Université du Québec à Montréal). Modérateurs: Vincent Bonin et Érik Bordeleau.

Cette rencontre créa un contexte favorable à la réitération de la structure dialogique que Catherine Malabou a fréquemment adoptée depuis le début de sa trajectoire de philosophe, en entrecroisant des voix distinctes au sein de son écriture ou en cosignant des ouvrages avec des interlocuteurs issus de plusieurs champs disciplinaires. Au fil de ces échanges, l’oscillation entre la question et la réponse a proposé au lecteur des séquences discursives où la proximité des textes de Malabou et de ses pairs révèle leurs points d’origine dans la ventriloquie : l’acte de faire parler des corps en reconnaissant l’émergence d’une autre singularité à travers cette parole déléguée. Tout en abordant le concept de plasticité que Malabou a investi selon une approche transversale depuis la publication de L’avenir de Hegel : Plasticité, temporalité, dialectique (1996), les conférenciers participants au colloque contribuèrent à un débat amorcé plus récemment par la philosophe, sur les limites de la biopolitique.

Dans Que faire de notre cerveau ? (2004), Malabou a mis dos à dos le caractère explosif de la neuroplasticité comme mode de résistance, et les injonctions de flexibilité du capitalisme. Avec Les nouveaux blessés : de Freud à la neurologie : penser les traumatismes contemporains (2007), elle a abordé la dimension ontologique des afflictions cérébrales extrêmes. Dans le même ouvrage, elle a également réévalué la notion de trauma, d’abord liée au dénouement des maux psychiques, afin d’envisager ensuite la plasticité destructrice des accidents qui rendent la victime méconnaissable, et parfois indifférente à sa propre souffrance. En collaboration avec le médecin Xavier Emmanuelli, elle a rédigé La grande exclusion (2009), offrant une analyse de l’état d’urgence et proposant de redéfinir l’aide aux exclus qui n’aspirerait plus, dans un premier temps, à la réinsertion sociale. Depuis quelques années, la réception de cette portion de l’œuvre de Malabou dépasse les champs disciplinaires. Ainsi, l’anthologie Plastic Materialities: Politics, Legality, and Metamorphosis in the Work of Catherine Malabou, sous la direction de Brenna Bhadar et Jonathan Goldberg-Hiller (2015), rassemble des articles qui se situent au croisement de la psychanalyse, de l’anthropologie légale, des études des genres et du colonialisme. Dans cet ouvrage, Malabou a publié trois essais critiquant en profondeur les a priori de la déconstruction consacrée des concepts de souveraineté et de post-humain, qui négligent selon elle la contingence du biologique. En évitant tous les déterminismes, Malabou pose de nouveau la nécessité de prendre en compte les découvertes contemporaines sur le cerveau et l’épigenèse afin d’étendre la portée d’une définition de la mutabilité de la subjectivité. Récemment, Malabou a approfondi les hypothèses lancées dans ces trois textes, en se penchant, entre autres, sur les figures du corps (Michel Foucault), de l’animal (Jacques Derrida) et de la vie nue (Giorgio Agamben). Elle pose que la discipline philosophique doit en partie se défaire de la prise de ces configurations conceptuelles consolidant le symbolique, en contribuant plutôt à une reconnaissance de la résistance du vivant, non soluble dans les discours de pouvoir institués.

Une partie de ces recherches en cours furent présentées par Malabou lors du séminaire sous l’égide de l’Université du Québec en Outaouais (ayant eu lieu au Musée d’art contemporain des Laurentides) consacré à la réévaluation du concept de sacré dans le cycle d’ouvrages Homo sacer, de Giorgio Agamben (1996-2016). Le contenu du colloque étendit le spectre des enjeux abordés pendant ce séminaire. Comme ces deux événements autour de l’œuvre de Malabou s’accompagnent d’une exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides, l’art et l’esthétique furent aussi pris en compte. Catherine Malabou donna une communication d’honneur. Bien que certains participants au colloque souhaitèrent offrir une analyse plus ciblée de l’œuvre de la philosophe, l’exégèse fut contournée au profit de la discussion. Les communications des conférenciers émanèrent de leur domaine de recherche privilégié. Elles furent suivies de plénières modérées au cours desquelles Catherine Malabou intervint également.

Organisé par Sophie Bélair Clément et Vincent Bonin avec la collaboration de Krista Geneviève Lynes.

Le colloque fut rendu possible conjointement par le Musée d’art contemporain des Laurentides et la maîtrise en muséologie et pratiques des arts de l’École multidisciplinaire de l’image de l’Université du Québec en Outaouais.

Bibliographie sélective - Catherine Malabou

Horaire des présentations